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LE REGARD DE
XAVIER DOLAN
CINEMA

Le regard de Xavier Dolan

Lors de l’été 2022, je me suis lancée comme défi de réaliser une série de post et de vidéo autour de Xavier Dolan et des films qu’il a réalisés. Dans cet article, vous retrouverez l’intégralité de ce projet, du post de présentation de sa filmographie ainsi que les scripts des 9 vidéos réalisées dans le cadre de ce projet. N’hésitez pas à vous rendre sur mon compte Instagram pour regarder les vidéos finies. Vous les trouverez toutes ici.

Vous retrouverez également l’intégralité de mes sources, pour pouvoir en apprendre encore plus. Bien évidemment, je ne les ai pas mentionnés, mais ma source principale reste les films en question.

1. PARCOURS D’UN RÉALISATEUR HORS NORMES

2. XAVIER DOLAN : CINÉASTE DE FEMMES.

Avec ses films et les rôles qu’il écrit, Xavier Dolan fait preuve d’une véritable envie de s’éloigner de la culture mainstream. Pour lui les hommes hétérosexuels ont suffisamment accaparé l’objectif de la caméra  et il est temps d’offrir d’autres représentations et de faire gagner les femmes. C’est en ça que Xavier Dolan est considéré comme un cinéaste de femme et que son oeuvre est si intéressante. Il met en lumière des personnages trop souvent considérés comme marginaux..

Souvent les figures féminines fortes de ses films sont celles d’une mère et plus précisément d’une mère de famille monoparentale. Dans tous ses films sans exception il y a au moins une mère   et elle a à chaque fois un rôle et des caractéristiques très différentes. Si les mères sont autant présentes dans le cinéma de Xavier Dolan, c’est parce que la figure de mère est pour lui “une mine de possibilité”. Il précise que c’est une figure qui possède un “spectre de ses secrets et de ses regrets plus développé”. 

Anne Dorval, une de ses actrices fétiches, qui joue notamment dans J’ai tué ma mère et Mommy a d’ailleurs souligné le fait qu’il était très rare que « des rôles de cette force et de cette originalité », soient donnés à des femmes et qui plus est à des femmes d’un certain âge. 

Dans son enfance, Xavier Dolan a été élevé en grande partie par sa mère dans un environnement où les femmes étaient omniprésentes. Mais son envie d’écrire des rôles de femmes puissantes vient d’autre part. 

Xavier Dolan explique qu’en tant qu’homme homosexuel, il se sent plus proche des enjeux liés à des personnages féminins. Il l’a expliqué une première fois en 2015   lors de la sortie de Mommy en déclarant : “J’ai en moi le désir profond de faire parler les femmes, de leur donner la parole, de leur donner le courage, la force dont je manque parfois moi-même pour m’exprimer. Curieusement au fil du temps,  j’ai compris que c’était à travers elles que mes préoccupations, mes démons,  mes contrariétés, mes souffrances, et mes plus grandes joies s’exprimaient le plus aisément et le plus complètement”. 

En 2019, à la sortie de Matthias & Maxime, il commente à nouveau cet attrait pour les personnages féminins  et ce qui fait qu’il s’identifie plus facilement à elles : “Moi, comme jeune homosexuel, je me sens plus près d’une femme à qui on refuse un titre, à qui on refuse l’égalité, à qui on refuse une position, une parole, une liberté, que d’un homme hétéro de 30 ans qui nous dit quoi faire. C’est ça que je veux dire quand je dis que je me sens plus proche des femmes”.

Et on verra d’ailleurs que la quête de liberté est une thématique centrale du cinéma du réalisateur québécois. 

3. J’AI TUÉ MA MÈRE (2009) : NAISSANCE D’UN CINÉASTE DANS L’URGENCE

Xavier Dolan a confié que J’ai tué ma mère avait été pour lui “un exercice thérapeutique, qui répond à un besoin de catharsis pour exorciser son passé”. La productrice du film, Carole Mondello, raconte que lorsque Xavier Dolan l’a approché il lui a dit : “Si je ne réalise pas mon film, je vais mourir”. J’ai tué ma mère est le premier film de Xavier Dolan et c’est un film fait avec une certaine urgence, une certaine fougue et ça se ressent.  

Réaliser ce film était vital pour Xavier Dolan et c’est pour ça qu’il est en très grande partie auto-produit. Il a utilisé ses cachets de jeune acteur pour le financer  car il a ressenti le besoin de le réaliser tout de suite à 19 ans. Selon lui l’histoire n’aurait plus eu autant de force s’il attendait d’être plus âgé. 

Mais ce film est aussi la naissance d’un cinéaste avec déjà l’apparition de certains des thèmes récurrents de son cinéma et d’une vision artistique. 

Comme beaucoup de ses films J’ai tué ma mère est très personnel. Xavier Dolan a tendance à dire qu’il y a toujours de lui dans ses films et dans ce premier film qui explore la relation conflictuelle d’un fils et sa mère, c’est particulièrement le cas. Il y a même des scènes qui sont directement inspirées de dialogues qu’il a eu avec sa mère. Comme cette très belle scène où le fils demande à sa mère ce qu’elle ferait s’il mourrait aujourd’hui et que cette dernière finit par répondre “je mourrais demain”. 

Le film marque aussi les débuts de sa collaboration avec deux actrices essentielles dans sa filmographie. Anne Dorval, qui joue la mère d’Hubert, interprété par Xavier Dolan lui-même, et Suzanne Clément, qui joue son enseignante, un personnage qui est directement inspiré d’une enseignante que Xavier Dolan a eu au collège, et qui l’a poussée à écrire la pièce qui a ensuite inspiré ce premier film. Les deux actrices joueront d’ailleurs ensemble dans Mommy, dans une dynamique de rôle similaire : Anne Dorval joue la mère et Suzanne Clément joue la voisine qui vient leur prêter main forte. 

Enfin il ne faut pas oublier que J’ai tué ma mère marque aussi le début des scènes oniriques, des références artistiques, des citations écrites, et des magnifiques dialogues. 

Tous ces éléments témoignent de l’ambition et du talent du cinéaste et reviendront de différentes façons dans ses films précédents. 
On aura l’occasion d’en reparler, mais le langage et les dialogues occupent une place importante dans le cinéma de Xavier Dolan. Et dans J’ai tué ma mère, la fougue de Hubert, l’alter ego de Xavier Dolan, témoigne bien de l’empressement et de la nécessité pour le réalisateur de sortir ce film un film dans lequel on y voit éclore plein de choses qui se préciseront par la suite.

4. LES AMOURS IMAGINAIRES (2010) : UNE HISTOIRE D’AMOUR, DE COULEURS ET DE COSTUMES

Les Amours imaginaires est un film sur le sentiment amoureux et plus précisément sur le rejet amoureux.C’est d’ailleurs sur cet aspect que Xavier Dolan voit dans ce film une autofiction car il a souvent fait l’expérience de ce qu’il décrit comme le “béguin sans retour”. 

Avec cette nouvelle histoire on observe deux amis, Marie et Francis, interprétés par Monia Chokri et Xavier Dolan qui tombent sous le charme du séduisant Nicolas interprété par Niels Schneider. Avec ce film, Xavier Dolan est à la fois acteur, réalisateur et scénariste, mais il s’occupe également du montage, de la production et des costumes. Et c’est de ça justement dont on va parler aujourd’hui, les costumes. 

Les amours imaginaires met en scène deux personnages, qui se livrent un véritable duel pour conquérir le cœur de Nicolas. Ce dernier est peut-être comparé à un dieu grec . mais c’est surtout un sacré pervers narcissique, cruel et qui aime être aimé.

Cette opposition entre Marie et Francis se traduit aussi dans les costumes et Xavier Dolan attribue à chacun une couleur particulière. Marie est souvent habillée dans une palette de couleur proche du rouge avec parfois un peu de rose et de violet et à l’inverse Francis est souvent habillé de bleu avec des variations entre un bleu plus clair et un bleu électrique. À ces deux couleurs primaires on peut y ajouter la troisième couleur primaire le jaune qui est présente avec les cheveux blonds de Nicolas mais aussi dans certains costumes secondaires et des éléments de lumières. 

Le personnage Nicolas n’est pas exempt de ce duel de couleurs et on peut repérer dans ses costumes comme un jeu entre le rouge et le bleu.Lors du weekend à la campagne notamment   un moment culminant du duel entre Marie et Francis,  Nicolas porte un pull à carreaux rouge et bleu. Comme s’il s’amusait d’être au cœur de cette rivalité et d’avoir les attentions à la fois de Marie et de Francis. D’ailleurs à la fin du film, lorsque Marie et Francis se réconcilient et se retrouvent unis ensemble face à Nicolas, ils portent tous les deux la même couleur, preuve que le duel est pour le moment terminé. 

Alors dans ce film, la couleur n’est pas uniquement présente dans les costumes bien sûr. Elle est aussi présente dans certaines scènes, filmées à travers un filtre chromatique. Notamment certaines scènes intimes. Les scènes d’intimité de Marie sont filmées en rouge, couleur de la passion et de la séduction, comme Xavier Dolan le fait dire à ses personnages dans Laurence Anyways. Et à l’inverse les scènes intimes de Francis sont filmées en vert, couleur souvent associée à l’envie. Mais le vert est surtout la couleur complémentaire du rouge. Ce qui peut être une preuve de la complémentarité de Marie et Francis  . dans leur relation avec Nicolas. Nicolas ne veut pas être avec l’un ou l’autre, Il veut avoir les attentions des deux.

Les amours imaginaires marque les débuts de l’expérimentation de Xavier Dolan avec les filtres chromatiques et les palettes de couleur bien précises, et il continuera de les utiliser dans ses films suivants.

5. LAURENCE ANYWAYS (2012) : UNE VAGUE D’ÉMOTIONS

Des scènes marquantes dans les films de Xavier Dolan, il y en a énormément. Que ce soit grâce à la force des dialogues, à la mise en scène, au jeu des acteurs ou même à la musique. Certaines de ces scènes sont parfois particulièrement oniriques, voire surréalistes, et c’est de ça dont on va parler avec son troisième film Laurence Anyways.

Le cinéma de Xavier Dolan est un cinéma de l’émotion, et bien souvent du trop plein d’émotions. Dans Laurence Anyways, ce débordement d’émotions, cet amour intense et impossible, se traduit dans des scènes oniriques, presque surréalistes. 

Ce film nous raconte l’histoire d’amour de Fred et Laurence, après que Laurence ait fait part de son désir de devenir une femme à sa compagne Fred. 

L’une des scènes les plus remarquables du film se déroule lorsque les deux amoureux s’autorisent une escapade sur l’île au noir. Dans cette scène digne des plus beaux clips, on retrouve Fred et Laurence, déambulant au rythme du morceau New Error de Moderat, sous une pluie de vêtements.

Non seulement cette scène est sublime en tant qu’objet d’art, mais elle est aussi pleine de sens. C’est un véritable moment de liberté pour les deux personnages, et ça témoigne de leur envie de vaincre les préjugés de la société qui pèsent sur leur couple. 

D’ailleurs pour souligner cette envie de liberté, cette scène est particulièrement venteuse. Pendant tout le film, Xavier Dolan utilise l’image du vent pour souligner la quête de liberté de ses personnages. Pour le dire grossièrement, il fait souffler un vent de liberté sur ses protagonistes.

Mais pour revenir à la scène en question, c’est aussi un moment qui est une parenthèse magique et imaginaire, dans laquelle Fred et Laurence oublient complètement les obstacles auxquels leur relation fait face. D’ailleurs le lieu dans lequel ils se trouvent, l’ïle au noir, est un lieu fictif et tout ça explique le côté irréel de cette scène. Ce n’est pas tous les jours qu’il pleut des vêtements et pour le couple ce moment suspendu est complètement déconnecté de leur réalité. 

Une autre scène qui témoigne de l’attention que prête Xavier Dolan à la communion entre l’état émotionnel de ses personnages et leur environnement est une scène autour du personnage de Fred. Elle lit un recueil de poèmes écrit par Laurence et elle réalise qu’en fait les poèmes sont écrits pour elle. Elle est alors submergée par une vague d’émotions et un torrent d’eau s’abat littéralement sur elle. Bien sûr je ne vous en dévoile pas plus sur les circonstances derrière cette scène pour vous inviter à la découvrir par vous même. 

Malgré ses défauts et malgré le fait qu’on puisse trouver que le film est parfois trop excessif ou indigeste, Laurence Anyways est un merveilleux exemple du talent de Xavier Dolan, de son ambition et de sa vision artistique. 

6. TOM À LA FERME : UNE INCURSION DANS LE SUSPENSE

Tom à la ferme est un des films les plus sobres et singuliers de la filmographie de Xavier Dolan.C’est le seul film de sa filmographie qui s’apparente à un thriller. Et même s’il explore des thèmes qui lui sont chers, comme la quête d’identité ou les relations familiales, c’est un film qui est beaucoup plus violent, sombre et inquiétant que les autres.  

Pour raconter l’histoire d’un jeune homme qui se rend à l’enterrement de son compagnon  . et se confronte à l’homophobie de la famille du défunt, Xavier Dolan a tenu à créer une atmosphère lourde et pesante. Il a d’abord opté pour des couleurs plus neutres, comme le sépia et le brun.Mais c’est surtout au niveau de la musique qu’il a beaucoup réfléchi pour créer une ambiance angoissante propre aux thrillers. 

Au départ il ne souhaitait utiliser aucune musique, uniquement des bruitages et des sons d’ambiance, et finalement il a fini par se rendre compte que “le son et la musique représentait 60% de l’impact du thriller” comme il le dit. Il a travaillé avec le compositeur Gabriel Yared, qu’il retrouvera plus tard sur Juste la fin du monde et Ma vie avec John F Donovan. 

Comme dans beaucoup de ses films, Xavier Dolan s’inspire et cite parfois des références à des films populaires. Pour Tom à la Ferme, il raconte d’ailleurs s’être inspiré d’un son entendu dans Le Silence des Agneaux. Ce son est un crissement de pneu, qui l’avait terrifié lors du visionnage du film sur le tueur en série et il a donc décidé de le réutiliser tel quel. 

Ce qui est aussi intéressant en termes d’inspiration pour Tom à la Ferme, c’est que l’ambiance du film a beaucoup été comparée aux films d’Hitchcock. Et pourtant Xavier Dolan n’en avait vu aucun avant d’avoir fini son film. C’est même Suzanne Clément, une de ses actrices fétiches, qui les lui a fait découvrir une fois le montage de son film terminé. 

Pour les similitudes qu’il peut y avoir entre les films d’Alfred Hitchcock et son film, le réalisateur explique qu’il s’agit peut-être de références indirectes, puisque les films d’Hitchcock ont très largement influencé la culture populaire. 

Un autre monument majeur du thriller qui semble avoir influencé le réalisateur québécois est Shining de Stanley Kubrick. La citation est légère mais si on compare les deux scènes d’ouverture, on peut y voir des similitudes. Comme dans Shining, la scène d’ouverture de Tom à la Ferme montre un plan large avec en vue d’en haut d’une voiture qui sillonne à travers la campagne. Si dans The Shining cette scène dure tout le générique et est accompagnée d’une composition originale particulièrement inquiétante, Tom à la Ferme s’ouvre sur une interprétation de la chanson Les moulins de mon cœur, preuve que la musique occupe une place centrale dans le cinéma de Xavier Dolan. Mais on aura l’occasion d’en parler avec son film suivant, Mommy.

7. MOMMY (2014) : L’IMPORTANCE DE LA MUSIQUE

Xavier Dolan dit faire des films populaires avec une culture qui est la sienne. Une des particularités de son cinéma est d’être rempli de références, et de citations de films populaires notamment des années 90 et 2000. C’est le cas avec Mommy en particulier  . dans lequel on retrouve des références au film Maman J’ai raté l’avion, et à la série Six Feet Under. Mais c’est surtout dans la musique que Xavier Dolan laisse la part belle à la culture populaire. 

Des musiques populaires, il y en a beaucoup dans les films de Xavier Dolan. Et le film Mommy qui raconte le combat d’une mère pour s’occuper de son fils impulsif et violent n’y échappe pas. On y retrouve notamment On ne change pas de Céline Dion, Wonderwall d’Oasis, ou même Born to Die de Lana Del Rey à la fin du film.

Dans ce film, la musique a la particularité d’être intradiégétique et donc d’être une partie intégrale de l’histoire. D’ailleurs la majeure partie des musiques du film proviennent d’une playlist que le père de Steve, le personnage principal, lui a légué. Tout de suite, la musique revêt alors un aspect beaucoup plus personnel à la fois pour les personnages mais aussi pour le spectateur. La chanson de Céline Dion par exemple, va permettre aux personnages de se remémorer des moments de liberté vécus lors d’un road trip en famille. Mais puisque la musique fait partie d’une culture commune avec le spectateur, elle va également permettre un rapprochement entre les protagonistes et le spectateur.

Si la musique occupe une place aussi importante dans le cinéma de Xavier Dolan, ce n’est pas un hasard. C’est parce qu’elle occupe également une place centrale dans le processus de création du réalisateur. Il a d’ailleurs confié lors d’une interview en 2019 qu’il écrivait toujours en musique. 

Et bien évidemment ce fut le cas pour Mommy. Une scène a d’ailleurs été conçue entièrement après l’écoute d’une pièce instrumentale de Ludovico Einaudi  un compositeur italien. Il s’agit d’une scène lors de laquelle Diane rêve d’un avenir pour son fils. Encore une fois, ici la musique est un signe de libération. C’est d’ailleurs une des deux scènes dans laquelle on assiste à un élargissement du format du cadre, qui passe du format carré à un format plus large. 

La deuxième scène où le cadre s’élargit, se déroule sur la musique Wonderwall d’Oasis. C’est un moment qui permet une véritable libération des personnages mais qui ressemble aussi presque à un clip. Cette pratique n’est pas rare dans le cinéma de Xavier Dolan, et permet d’offrir aux spectateurs de très belles émotions. 

8. JUSTE LA FIN DU MONDE (2016) : AU PLUS PRÈS DE L’ÉMOTION

Juste la fin du monde est le sixième film de Xavier Dolan et c’est un film où les émotions sont à fleur de peau. En racontant l’histoire de Louis, un fils qui retourne dans sa famille après 12 ans d’absence pour leur annoncer sa mort imminente, Xavier Dolan va plonger au plus près de l’émotion des personnages avec notamment l’utilisation de gros plans. 

Xavier Dolan est un metteur en scène hors norme, qui sait utiliser le cadre pour faire ressortir au mieux ses personnages. Dans Mommy par exemple, il utilise le format carré afin de créer une proximité entre les personnages et le spectateur et de permettre aux personnages d’occuper tout l’espace. Et bien Juste la fin du monde accorde aussi une place toute particulière aux personnages et à leurs émotions. 

Dans 70% du film, Xavier Dolan a recours à des plans très rapprochés. C’était une façon pour lui de mettre en valeur les acteurs, et surtout les émotions des personnages. Il justifie l’usage des gros plans par le fait de ne pas vouloir “manquer ce qui traversait leur visage”. Et Gaspard Ulliel, qui tient le rôle principal, avait expliqué que Xavier Dolan venait “capter l’imperceptible, le moindre frémissement, tremblement de lèvres et clignement de cils”. 

Les plans rapprochés sont également très utiles parce que le regard des personnages a beaucoup d’importance. Même si c’est un film dans lequel il y a beaucoup de paroles et de cris, tout ce qui est important passe par le regard. Tout le film est justement sur l’incapacité d’une famille à communiquer, à se parler vraiment, à s’écouter, à ne pas réussir à dire ce qu’ils veulent dire. 

Une scène au début du film montre bien l’importance des regards. Le personnage de la belle-sœur interprété par Marion Cotillard, dévisage Louis pendant que les autres personnages sont entrain de se disputer. Elle le regarde vraiment et elle va alors comprendre ce qu’il vient faire ici et ce qu’il doit leur annoncer. 

Cette scène est sublime et c’est d’ailleurs une des scènes préférées de Xavier Dolan. Tout l’enjeu du film va être de savoir si Louis arrive à dire ce qu’il a à dire ou non. Et le fait qu’il y ai ce non-dit mais cette compréhension de l’autre en un regard rend le film extrêmement intense. Vraiment ce film est merveilleux, regardez-le ! 

Et d’ailleurs, si vous vous plongez dans la filmographie de Xavier Dolan, vous verrez que bien souvent, tout est une question de regard.

9. MA VIE AVEC JOHN F. DONOVAN (2018) : RÊVE AMÉRICAIN ET PRODUCTION CHAOTIQUE

Aux Etats-Unis, les films de Xavier Dolan ont eu du mal à trouver un distributeur. Avant Ma vie avec John F. Donovan, seul Mommy avait bénéficié d’une sortie limitée en salle là-bas. Malheureusement, malgré son casting 100% anglophone, Donovan n’a pas vraiment eu un meilleur accueil.Peut-être à cause de la production chaotique du film. 

Dès l’écriture du scénario, Xavier Dolan s’est heurté à des obstacles. Au départ le film était pensé pour être une trilogie sur le milieu du show business, mais le projet n’a pas été approuvé par les producteurs américains. Xavier Dolan et son co-scénariste Jacob Tierney, ont alors réécrit le scénario plus d’une trentaine de fois pour en faire un film unique. 

Le tournage du film fut aussi compliqué. Il a débuté en juillet 2016 au Québec, pour se terminer à Prague au printemps 2017, avec une longue pause au milieu tant les journées de travail de 16 ou 17h étaient éprouvantes. 

Vient ensuite le montage qui fut tout aussi laborieux. Le premier montage du film durait 4h et Xavier Dolan dû ensuite le réduire à un film de 2h. Il a d’ailleurs dû prendre la décision de couper l’actrice Jessica Chastain du film, expliquant qu’il fallait recentrer le film sur ce qu’il est vraiment :  “un film sur l’enfance et ses rêves”. 

Un autre aspect qui peut expliquer le destin compliqué du film aux Etats-Unis est le sujet de l’œuvre et l’ambition que Xavier Dolan avait pour ce projet. Il l’a dit à plusieurs reprises le personnage du jeune garçon dans le film est beaucoup inspiré de qui il était. Et lors de son enfance, il a beaucoup souffert de ne pas avoir de représentation dans les séries et les films qu’il aimait. Il avait alors envie de réaliser un film familial, grand divertissement, mais avec des thèmes qui lui sont chers. 

Il souhaitait aussi faire un film, qui dénonce l’hypocrisie des grands studios par rapport à leur apparente bienveillance sur l’inclusion des minorités. C’est d’ailleurs pour ça que le film se déroule en 2006, pour lui permettre de forcer le constat chez le spectateur que rien n’a changé et que les grands studios n’ont pas forcément envie de changer les choses et de voir les standards masculins/féminins évoluer. 

En 2019, Xavier Dolan a confié que pendant la réalisation de ce projet il avait pensé à abandonner, mais que les conséquences étaient tellement importantes qu’il ne pouvait pas.Il a également admis qu’il ne maîtrisait pas complètement l’histoire qu’il avait envie de raconter avec ce film.
Quand on voit l’ampleur de la production de Donovan qui est le film avec le plus gros budget du réalisateur, on peut comprendre qu’il ait ensuite eu envie de quelque chose de plus intimiste avec son film suivant, Matthias & Maxime.

10. MATTHIAS & MAXIME (2019) : RENOUVEAU ET RETOUR AUX SOURCES

Matthias & Maxime est la huitième réalisation de Xavier Dolan et pour lui c’est le film du renouveau. Il adopte un nouveau rythme de réalisation, de nouveaux sujets, et une nouvelle écriture. Mais c’est aussi un film qui marque un retour aux sources, après l’expérience américain de John F. Donovan et la direction d’acteur français dans Juste la fin du monde.  

Avec Matthias & Maxime, Xavier Dolan raconte l’histoire d’une bande de potes à l’approche de la trentaine et deux d’entre eux vont devoir s’embrasser pour les besoins d’un court métrage amateur. 

Dans cette réalisation, Xavier Dolan laisse une plus grande place au groupe là où il aimait avant plutôt isoler un individu en particulier. Le film est d’ailleurs tourné à l’épaule avec 2 caméras, et des mouvements de zoom, pour pouvoir capter l’énergie qui se dégage du groupe. Un groupe qui se compose uniquement d’acteurs québécois, qui sont en plus ses amis dans la vie de tous les jours.

Ce film est aussi l’occasion pour le réalisateur de faire son retour devant la caméra, après 3 films où il était uniquement présent derrière. Et bien sûr c’est aussi les retrouvailles avec Anne Dorval, qui incarne une nouvelle fois sa mère à l’écran. Mais ces retrouvailles se placent aussi sous le signe du renouveau. Pour cette quatrième collaboration, Xavier Dolan avait envie de donner à Anne Dorval, un rôle à contre emploi et d’aller encore plus loin dans la composition. Et c’est pour cela qu’il lui a écrit ce rôle, d’une mère alcoolique et violente,  aux antipodes des mères précédentes.

Contrairement à ces films précédents, les femmes sont cantonnées au second plan dans ce film. Mais cela s’explique surtout par le sujet du film qui est l’amitié masculine : Xavier Dolan en profite alors pour explorer les différentes masculinités. 

Matthias & Maxime reste surtout un film sur l’importance de l’amitié, de l’amour, le passage à l’âge adulte, et la quête d’identité, qui finalement est un thème central du cinéma de Xavier Dolan. 

Au-delà d’être un cinéma de l’intime et de l’émotion, son cinéma est aussi un cinéma de la crise identitaire . aussi bien dans Laurence Anyways, J’ai tué ma mère, ou Ma vie avec John F Donovan. Ici dans Matthias & Maxime, le personnage de Maxime décide carrément de changer de pays, afin de pouvoir prendre un nouveau départ. Le film est sorti en 2019, et à l’époque Xavier Dolan avait annoncé que ça serait son dernier film en tant que réalisateur car il voulait privilégier sa carrière d’acteur. 

Mais ne vous inquiétez pas, cette pause n’était que temporaire et il sera de retour cet automne avec sa première série intitulée La nuit où Laurier Gaudreault s’est réveillé. Une série annoncée comme un thriller familial psychologique, adaptation d’une pièce de Michel Marc Bouchard, qui était déjà l’auteur de Tom À la Ferme. Et on y retrouvera des thèmes chers au réalisateur, comme les liens familiaux, le deuil, et l’acceptation de soi.  

11. SOURCES

Xavier Dolan, L’indomptable. Laurent Beurdeley, 8 avril 2019, Edition du Cram

Xavier Dolan où ce qui perdure, Alphi, 5 août 2020, https://www.youtube.com/watch?v=r0qnqIbznPs

24h avec Xavier Dolan, Interview BRUT, 15 octobre 2019 https://www.youtube.com/watch?v=GdzFDdwq5E4

Interview Brut : Xavier Dolan, 5 mars 2019 https://www.youtube.com/watch?v=aJY6EnYOYx0

Xavier Dolan : le grand entretien sans concession, Konbini, 15 mars 2019 https://www.youtube.com/watch?v=SYsyfmpuTYw&t=4s

Xavier Dolan : « Je serais toujours un cinéaste de femmes », Figaro Live, 23 mai 2014 ://www.youtube.com/watch?v=fP7lVhp2v_k

La masterclass de Xavier Dolan, Le 5 octobre 2014 au Forum des images, Paris. https://www.dailymotion.com/video/x27lkod

« J’ai tué ma mère » : plongée dans la violence d’une relation mère-fils, Emily Barnett, Les Inrocks, 10 juillet 2009 https://www.lesinrocks.com/cinema/jai-tue-ma-mere-19787-10-07-2009/

« Laurence Anyways » : Xavier Dolan n’en fait qu’à sa tête, Thomas Sotinel, Le Monde, 10 mai 2012 https://www.lemonde.fr/festival-de-cannes/article/2012/05/10/laurence-anyways_1698914_766360.html

Xavier Dolan : « chez moi, tout part toujours de la mère », Nicolas Schaller, Le Nouvel Obs, 23 octobre 2014, https://www.nouvelobs.com/cinema/20140416.CIN0368/xavier-dolan-chez-moi-tout-part-toujours-de-la-mere.html

« Ma vie avec John F. Donovan » : 10 choses que vous ne saviez peut-être pas sur Xavier Dolan, Nicolas Schaller, Le Nouvel Obs, 13 mars 2019, https://www.nouvelobs.com/cinema/20190313.OBS1714/ma-vie-avec-john-f-donovan-10-choses-que-vous-ne-saviez-peut-etre-pas-sur-xavier-dolan.html

« Ma vie avec John F. Donovan » : le rêve américain de Dolan, La rédaction du Rolling Stones, 13 mars 2019, https://www.rollingstone.fr/ma-vie-avec-john-f-donovan-chronique/

Ma vie avec John F Donovan : le montage original faisait plus de quatre heures, Corentin Palanchini, Allociné, 4 septembre 2019, https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18683777.html

Xavier Dolan : pourquoi la France est-elle (pour le moment) le seul pays à sortir Ma Vie avec John F. Donovan ?, Brigitte Baronnet, Allociné, 15 mars 2019, https://www.allocine.fr/article/fichearticle_gen_carticle=18679794.html

« Ce moment improvisé dans Juste la fin du monde est devenu mon préféré », Allociné, 20 septembre 2016, https://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19565129&cfilm=237510.html

Cannes 2014 – Les acteurs de Xavier Dolan lui disent « Merci », Allociné, 23 mai 2014, https://www.allocine.fr/video/video-19545717/

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