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CINEMA

CINÉRAMEUF : « Réhabiliter des femmes dans le milieu artistique » [INTERVIEW]

Il y a quelques semaines, j’ai eu le plaisir de rencontrer Alice, créatrice du podcast Cinérameuf dans un café du XVIIIe arrondissement de Paris. L’occasion de parler de son projet et de l’importance de la représentation des femmes au cinéma. 

Cinérameuf est un podcast qui explore la question de la représentation des femmes dans le cinéma, et en particulier dans les films cultes comme Titanic ou Dirty Dancing. Comment t’es venue cette idée ? 

J’ai eu l’épiphanie en regardant Titanic pendant le second confinement. J’ai trouvé fou que des films cultes, des films avec lesquels on a grandi, interrogent profondément le rapport entre les hommes et les femmes, le rôle des femmes et leur représentation

Et c’est à ce moment-là que tu as postulé au concours de podcast organisé par Deezer ? 

En fait, j’avais entendu parler du concours un mois avant, mais à cette époque je n’avais pas encore d’idée précise. Et quand j’ai pensé à l’idée du podcast, le concours était complètement sorti de ma tête. C’est une bénévole que j’avais rencontré au Paris Podcast Festival qui me l’a rappelé mais il ne restait plus qu’une semaine avant la date limite. Il fallait préparer un vrai dossier : une lettre de motivation, une note d’intention pour pitcher le projet et présenter les 2 ou 3 premiers épisodes et un petit pilote de 3 minutes. Mais j’ai eu l’impulsion de le faire, j’ai fait ça pendant 3 jours et j’ai envoyé le dossier à la dernière minute en étant persuadé que ça n’allait jamais aboutir. 

Les résultats ont été annoncés en Janvier 2021 mais la première saison du podcast, composée de 5 épisodes, est sortie en Décembre 2021. Comment s’est déroulée cette année de création de la première saison du podcast ? 

Avec le concours, j’ai reçu une aide financière qui m’a permis de m’équiper et de payer des prestataires pour la musique, l’illustration de la cover et les doublages. Après j’ai fait le reste toute seule : les recherches, les interviews, le montage… C’est beaucoup de travail, il y a eu douze versions du premier épisode je crois, c’était l’enfer, je me suis beaucoup remise en question, mais j’ai vraiment réussi à garder ce qui me semblait le plus intéressant pour moi, et des choses importantes et justes. Mais j’ai eu la chance de pouvoir échanger avec la directrice artistique de Nouvelles Écoutes, Audrey Meyer Mayeux, qui m’a donné quelques conseils et a été super sympa. 

Revenons un peu sur le podcast, pourquoi avoir choisi de se concentrer sur la représentation des femmes dans le cinéma ? 

Ce qui m’intéresse qu’on parle de female et male gaze au cinéma, c’est de voir à quel point le sujet est actuel et en lien avec le débat féministe d’aujourd’hui. La notion de female gaze date des années 70. Elle a été beaucoup été traitée dans la recherche, mais dans le grand public c’est nouveau. Elle s’est démocratisée avec le livre d’Iris Brey, Le Regard Féminin (2020). D’ailleurs, pour les chercheurs c’est surprenant que le sujet n’apparaisse qu’aujourd’hui. 

Comment expliquer cela ? 

Si ça ressort aujourd’hui dans le cinéma, c’est suite à #MeToo. On se rend compte que l’ère post-féministe est un leurre et que le féminisme n’est pas du tout abouti. Il y a encore plein de choses à débattre, notamment la manière dont les femmes sont représentées à l’écran. Dans Sex & The City par exemple, qui était à l’époque une oeuvre pionnière féministe, il y a énormément de choses problématiques, de clichés, de stéréotypes. Sur la question de la représentation de l’orientation sexuelle notamment avec un épisode sur la bisexualité, qui est horriblement traitée. Ou alors la valorisation de la relation toxique de Carrie et Mr Big.

Dans les cinq premiers épisodes de ton podcast, tu parles surtout de représentation positive des femmes, pourquoi avoir choisi de commencer par les “bons exemples”?

On parle beaucoup de film male gaze, mais je voulais avant tout parler de ses films qui abordent un regard féministe. Je préfère dire féministe que féminin, parce que ça ne veut rien dire un film féminin. Je voulais parler d’œuvres devenues cultes qui ont pris le contre pied de ce qui se faisait à l’époque comme Titanic ou Dirty Dancing. Partir de films très connus permet aussi de démocratiser les idées féministes auprès du grand public

Et pourtant ces films sont réalisés par des hommes…

Oui, mais la plupart sont amenés par une femme. Thelma & Louise est écrit par une femme (Callie Khouri) Dirty Dancing aussi (Eleanor Bergstein) et pour Les Demoiselles de Rochefort on sait très bien que Jacques Demy travaillait beaucoup avec Agnès Varda. Titanic par contre c’est 100% James Cameron. Je trouve incroyable de avoir pris le point de vue d’une femme et d’avoir un personnage masculin aussi doux et qui se sacrifie pour sauver Rose, qu’il voit comme son égal. Mais dans les prochains épisodes, je vais parler un peu plus de film male gaze (ndlr: comme l’épisode sur Fight Club est sorti le 6 mai) et de films indépendants réalisés par des réalisatrices. 

Selon toi, pourquoi est-ce que la question de la représentation est aussi importante au cinéma ? 

Tout le monde regarde des films, donc la manière dont on représente les personnages n’est jamais anodine. En s’interrogeant sur la représentation des femmes, des masculinités, des identités queer, on peut avoir des clés de lecture pour mieux comprendre le monde et entendre les revendications féministes. Ça permet d’élever le débat et de se poser les bonnes questions. Et de laisser la parole aux femmes. Si on regarde les réactions à la sortie de Thelma & Louise, même si des hommes trouvent le film trop extrême, ça a quand même permit d’ouvrir une discussion. (NDLR : À sa sortie, le film avait été vivement critiqué en raison de ses scènes très violentes et pour sa dimension féministe. Pour l’actrice Geena Davis, le film « a surtout contrarié une certaine vision hollywoodienne du cinéma qui doit avant tout s’adresser au mâle blanc hétérosexuel”.)

D’où ton envie de mettre en avant des films réalisés par des femmes.

Les femmes réalisent peu. Il n’y a que 20% de femmes réalisatrices en France et elles réalisent surtout des documentaires mais peu de fiction. Parler de ces sujets là, mettre en avant le regard féministe et des schémas narratif différents, ça permet de donner aux femmes l’envie de réaliser. C’est super important pour moi de réhabiliter les femmes dans le milieu artistique : c’est le but du podcast

Réaliser un film, c’est quelque chose qui te plairait ? 

Un court métrage oui, c’est un de mes objectifs de vie. Mais je commence seulement à m’imaginer le faire. Jeanne Lyra (ndlr : une réalisatrice et créatrice de contenu) dit que réaliser un court métrage c’est “un an de travail pour quelques minutes de grâce”. Et je pense qu’elle a raison. Mais c’est aussi ça la beauté du cinéma

CINÉRAMEUF

Disponible sur toutes les plateformes de podcast

6 épisodes de 30 minutes environ

Retrouvez-là sur instagram : @cinerameuf 

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