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Le diable n'existe pas
de mohammad rasoulof
CINEMA

Le Diable n’existe pas de Mohammad Rasoulof

Je connais mal le cinéma iranien et ce film était pour moi une véritable découverte, à la fois de ce cinéma, mais également de la culture et de la société iranienne.
J’ai décidé d’aller voir ce film presque sur un coup de tête, après avoir aperçu rapidement une critique très élogieuse dans le magazine PREMIÈRE. Volontairement, je n’ai pas voulu trop en savoir, et j’ai pu découvrir le film avec un regard naïf et innocent, ce que j’ai beaucoup apprécié. Malheureusement pour vous en parler, je vais être obligée de vous en dévoiler un peu l’intrigue. 

Avant d’entrer dans le vif du sujet, commençons par les faits. Le Diable n’existe pas est le huitième film du réalisateur Iranien Mohammad Rasoulof. Il a gagné l’Ours D’Or à Berlin en 2020, et devait sortir début 2020 mais sa sortie a été retardée à plusieurs reprises à cause des confinements. Le film se déroule en Iran au XXIème siècle et se découpe en quatre courts métrages. Le réalisateur a dû réaliser son film en partie de façon clandestine, à cause des interdictions de tourner que lui impose son pays

Dans une interview, Mohammad Rasoulof expliquait que lui et son équipe étaient contraints lors des tournages de trouver des moyens de contourner la censure, de combattre les contrôles, les accusations judiciaires et les peines de prison. Il explique d’ailleurs que c’est pour cette raison que le film se divise en quatre courts métrages : “Ne pouvant m’exposer à de longues journées de tournage, il fallait que je tourne un ensemble de courts métrages pour en faire un long. Et j’ai transformé cette contrainte en opportunité. Elle me permet de traiter différents aspects du même problème. Il y a quatre histoires, mais je tisse entre elles un lien qui n’apparaît qu’au fur et à mesure qu’on avance dans le film et en fait un ensemble cohérent.” (Source : Céline Rouden, La Croix

Attention ! Si ces premiers paragraphes vous ont donné envie de voir le film, je vous conseille de vous arrêter ici et de ne revenir qu’après avoir visionné le film. Je pense que vous apprécierez plus le film et notamment le premier épisode ainsi.
Pour les autres, continuons ! 

Mohammad Rasoulof nous présente ainsi quatre histoires, avec quatre protagonistes soumis aux lois et aux règles de leur pays : quatre protagonistes dont l’histoire personnelle est étroitement liée aux lois de leur pays, et à une loi en particulier, celle de la peine de mort. Car c’est en effet le lien principal qui unit les quatre histoires. 

On découvre alors les histoires d’un père de famille traditionnel qui a du mal à dormir, un gardien de prison qui cherche à fuir, un militaire qui obtient une permission pour rentrer et demander sa petit amie en mariage et une jeune femme qui arrive quelques jours à la campagne chez des amis de son père. 

Le film parle alors du recours à la peine de mort en Iran, des règles du régime en place, du service militaire (nécessaire pour pouvoir travailler ou passer son permis) mais c’est aussi un film sur la résilience, la résistance et l’humanité : un film sur ceux qui obéissent et ceux qui refusent (Indiewire). 

Au fur et à mesure qu’on avance dans les récits, les personnages quittent la ville pour se réfugier à la campagne et ainsi essayer d’échapper à la surveillance du régime, ce que le réalisateur explique en partie par la censure qu’il subit, et la difficulté de filmer en ville à cause des contrôles

Même si ce film est tourné en partie de manière clandestine, la réalisation, la photo et la mise en scène sont impeccables. Mohammad Rasoulof a recours à de nombreux plans fixes, ce que j’aime beaucoup, qui nous dévoilent le quotidien des personnages ainsi que les paysages iraniens, qui sont d’ailleurs magnifiquement filmés. 

Deux scènes resteront gravées dans mon esprit. La première se trouve dans le premier épisode, lorsque le personnage est dans sa voiture et attend que le feu passe au vert. Outre les lumières qui sont superbes, la scène prend tout son sens une fois la conclusion de l’épisode dévoilée. La deuxième scène se trouve à la fin de l’épisode deux, lorsqu’on suit la fuite du personnage principal et de sa copine en dehors de la ville, sur la musique de Bella Ciao, preuve de leur résistance. L’épisode se termine sur une vue de la ville qui est sublime. 

Le Diable n’existe pas de Mohammed Rasoulof. 
Avec Ehsan Mirhosseini, Shaghayegh Shourian, Kaveh Ahangar
Durée : 2h32
Sortie le 1er décembre 2021.

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